Comment la crise cristallise les tensions entre livreurs et plateformes

La situation entre livreurs et plateformes était déjà explosive, le coronavirus mettra-t-il le feu aux poudres ? La crise a le mérite de mettre en exergue tous les excès de la plateformisation de l'économie.

 

Emmanuel Macron a évoqué une situation de guerre et les livreurs doivent aller au front. Comme les personnels soignants ou les caissiers, ceux qui font le lien entre les commerces de bouche, les restaurants et les consommatrices et consommateurs confinés se mouillent pour maintenir un semblant de normalité. Les plateformes de livraison de repas ont en effet été considérées comme des activités de première nécessité par le gouvernement, qui les a autorisées à rester active – et donc leurs livreurs à se déplacer. Les invisibles n’auront jamais été aussi exposés !

 

 

Une situation qui révèle sous une lumière d’autant plus crue la précarité des livreurs et qui cristallise les tensions installées depuis l’essor de cette économie ubérisée. D’abord sur le statut de ces travailleurs, qui ont le statut de micro-entrepreneurs et donc d’indépendants, alors même qu’ils sont sous la tutelle des plateformes pour lesquelles ils travaillent – une zone grise sur laquelle la Cour de Cassation s’est prononcée le 4 mars dernier, requalifiant la relation entre Uber et l’un de ses chauffeurs en contrat de travail. Elle avait tranché de la même manière le cas d’un livreur, 18 mois auparavant.

Ainsi, les plateformes n’ont-elles pas le devoir juridique de protéger leurs livreurs, là où un employeur est tenu d’assurer la sécurité de ses employés ? Ces dernières ont bien annoncé avoir pris des mesures sanitaires pour protéger leurs livreurs du coronavirus, notamment la livraison sans contact – le livreur dépose le sac devant la porte du client qui n’a ensuite plus qu’à le récupérer. Mais les syndicats de livreurs rient jaune. « Les plateformes ont fait passer des consignes, en se réfugiant derrière l’argument selon lequel elles ne seraient que des plateformes de mise en relation, précise Jérôme Pimot, fondateur du syndicat Clap. Mais il incombe ensuite aux livreurs de mettre en oeuvre ces consignes. »

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Source  Maddyness

PAR GERALDINE RUSSELL - 26 MARS 2020

 

Auteur : François Goubin
27 MAR 2020